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« Music is the weapon », Fela Kuti

Il fait partie des rares musiciens qui ont profondément marqué l’Histoire de la Black Music. Père de l’afrobeat, son héritage dépasse les frontières musicales. Au fil de sa vie, il deviendra la conscience de tout un peuple souffrant de la junte militaire. Sa musique était son arme et il en paiera le prix. Son corps portera les stigmates de son militantisme. Le New-York Times le consacrera comme l’artiste africain le plus influent du XXe siècle. Lui, c’était Fela Anikulapo Kuti…

Mais au fait, pourquoi cet article ?

Pour tout vous dire, l’afrobeat n’est pas le genre de musique vers lequel je vais spontanément. Mais pour Fela Anikulapo Kuti, il se passe quelque chose… Limite j’ai des frissons, limite j’ai les larmes qui montent aux yeux. Pourquoi ? Suis-je impressionnée par le combat qu’il a mené toute sa vie ?? Est-ce que c’est parce que son œuvre musicale a crié la douleur d’une communauté volée et violée par un gouvernement corrompu ? En fait, j’associais souvent Fela Kuti à Nina Simone, la guerrière. Ma curiosité sur l’homme m’a poussée à me documenter sur sa vie. J’ai notamment visionné le documentaire Fela Kuti : le musicien combattant ! sur Culture Box (ITV Studios France)… Fela Kuti, c’était le militant dans l’âme.

En août 1997, c’est plus d’un million de personnes qui vont à ses funérailles à Lagos. Chaque année, depuis 13 ans, se déroule la Felabration en hommage à l’artiste. Aujourd’hui, son aura est internationale. Il fait actuellement l’actualité : la comédie musicale qui lui est consacrée à Broadway rencontre un vif succès ; et depuis peu un documentaire Finding Fela d’Alex Gibney est sorti, pour le moment uniquement sur certains écrans de cinéma à l’étranger.

Photo noir et blanc de Fela Kuti, torse nu avec un collier et de la peinture sur le visage.

Une enfance studieuse

Fela Kuti – Fela Hildegart Ransome de son vrai nom – voit le jour le 15 octobre 1938 à Abeokuta au Nigeria. Il est issu d’une famille plutôt bourgeoise et éduquée. Son père, pasteur et directeur d’école, est connu pour son autorité. Fela gardera d’ailleurs en mémoire sa sévérité et la douleur des coups physiques reçus au cours de son enfance. Quant à sa mère, elle aura une place centrale dans la vie de Fela. Elle représente l’image du féminisme et de l’anti-colonialisme. Femme déterminée et engagée, elle a joué un rôle majeur dans l’obtention du droit de vote pour les femmes au Nigéria (1957). La famille de Fela Kuti est déjà très connue dans la ville pour ses prises de position.

A 20 ans, le jeune Fela s’envole pour Londres pour étudier la trompette à la prestigieuse Trinity College of Music. A cette époque, il est sage et plutôt timide : il n’est pas intéressé par les filles, n’a pas de penchant particulier pour l’alcool et pour la drogue. Avec des élèves de l’école, il forme un orchestre, Koola Lobitos. Ils se produisent dans les bars en reprenant des classiques du jazz. 1963 : son diplôme en poche, le voilà de retour au Nigéria (alors indépendant depuis 1960), marié et père de famille. Il sait qu’il veut vivre de sa musique, il reforme le groupe qu’il a fondé à l’école. En 1965, le batteur Tony Allen rejoint la formation, il en deviendra une pièce maitresse. En 1967, commence alors la guerre du Biafra (1967 – 1970)…. Un des traumatismes les plus terribles du Nigéria, entre le nombre de morts se comptant en millions et l’importance de la crise humanitaire (famine, maladies)….  La carrière du groupe ne décollant pas, les musiciens décident de tenter leur chance à l’étranger : en 1969, ils partent aux Etats-Unis.

L’Amérique ou le réveil d’une conscience africaine

A New-York, le groupe est refusé partout. Les musiciens s’envolent alors sur la côte ouest ; à Los Angeles, un seul club leur ouvre les portes. Au delà de l’expérience musicale, Fela Kuti baigne dans une ambiance révolutionnaire : les Etats-Unis, surtout les afro-américains, se relèvent à peine des morts de Malcom X (21 février 1965) et du pasteur Martin Luther King (4 avril 1968). Ces assassinats ont laissé place à une radicalisation des discours notamment portés par le Black Panther Party (BPP). Le gouvernement est impuissant face aux émeutes. Fela Kuti découvre le Black Power, James Brown… Il va se rapprocher de Sandra Izsadore, membre du BPP qui va l’accompagner pour parfaire ses connaissances politiques. Il se familiarise avec la philosophie et les écrits de Malcom X et la doctrine panafricaniste. Le déclic opère, Fela Kuti se forge une conscience politique.

C’est donc loin de chez lui qu’il apprend l’histoire de son pays et l’origine des noirs américains. Malgré une tournée désastreuse, Fela se réinvente une musique faite de sons modernes jazz et funk, mélangés à des sonorités locales africaines sur lesquelles il va diffuser ses messages engagés. Musique énergique et entétante : il rebaptise son groupe Africa 70 et l’afrobeat explose en 1971.

Music is the weapon

De retour dans son pays, Fela Kuti s’engage à travers sa musique pour combattre la junte Nigérienne. Il ne chante plus en yoruba, mais en pidgin – l’anglais du petit peuple – de manière à toucher une bonne partie du public africain. Il abandonne le nom de Hildegart Ransome pour celui de Anikulapo, un nom africain. A Lagos, il se produit trois soirs par semaine dans sa boite privée, le Shrine. Fela se tient au courant de l’actualité et la commente sur scène. Chaque titre est une critique de la puissance coloniale, des inégalités, de la corruption. Fela est un insoumis, sa popularité s’étend dans tout le pays, il devient une idole.

Fela Kuti gêne de plus en plus le gouvernement. En 1974, il est emprisonné une première fois dans la prison Kalakuta pour détention de cannabis et détournement de mineures. A sa sortie, son souhait de renverser le système n’en est que renforcé. Il crée la République Kalakuta dans laquelle il fait vivre toute une communauté. En 1976, il crée un journal et un mouvement de contestation pour les jeunes nigérians afin de prôner le panafricanisme, l’unité de tous les peuples africains.

En 1977, Fela boycotte le Festival mondial des arts nègres à Lagos. Il chantera à cette occasion un de ses titre phares, Zombie, qui compare les militaires à des zombis. Un affront très mal accueilli par les dirigeants en place.

Une opération commando est alors lancée sur la République Kalakuta. 1 000 soldats débarquent chez lui, attaquent et violent les occupants. L’armée incendie la maison. Sa mère âgée de 77 ans est défenestrée du 1er étage. Elle succombera quelques mois plus tard à ses blessures. Un traumatisme pour Fela qui se sentira coupable de son décès. Il ne s’en remettra jamais et se réfugiera dans la spiritualité à la fin de sa vie.

Fela ira jusqu’à se revendiquer le Black President. A 41 ans, il se présente à l’élection présidentielle (candidature malheureusement écourtée faute de moyens) et créera le MOP : le mouvement du peuple pour éduquer la jeunesse. Il n’hésitera pas à aller dans les universités pour mobiliser et fédérer des gens autour de la vision d’une société meilleure.

Les tournées africaines et européennes vers la fin des années 1970 et pendant les années 1980 (avec son nouveau groupe Egypte 80), lui ouvrent les portes d’une carrière internationale, un moyen pour lui de raconter l’Afrique.

En 1984, il est de nouveau emprisonné pour trafic de devises. Il purge sa peine la plus longue et la plus douloureuse (15 ou 20 mois selon les sources). A sa sortie de prison, il est diminué physiquement par les coups incessants qu’il y a reçus.

Emporté par le sida le 2 août 1997, Fela Kuti combattra jusqu’à son dernier souffle le pouvoir militaire.


Sources et pour aller plus loin :



Une réponse à “« Music is the weapon », Fela Kuti”

  1. MReine dit :

    magnifique Article Lo ! Bravo

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