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Éternelle Jean Seberg

Le 20 août 1970, Jean Seberg met au monde une petite fille qui ne survivra pas trois jours. Ce tragique événement est l’effroyable dénouement de deux années de pression exercées par le FBI. Son engagement auprès des Blacks Panthers pour lutter contre le racisme et la pauvreté lui a attiré les foudres de J. Edgar Hoover. Éternelle Jean Seberg, l’excellent documentaire d’Anne Andreu diffusé sur Arte en janvier dernier, retrace le destin tragique de la célèbre actrice. Il témoigne aussi de ce que l’Amérique est capable de faire subir à ses propres enfants.

Photo couleur d'un portrait de Jean Seberg. Elle a les cheveux courts.

Une vie poétique brisée”* d’avoir rêvé un autre monde

Le 30 août 1979, Jean Seberg se donne la mort après avoir sombré dans une profonde dépression dans laquelle elle perdra tout sens de la réalité. Elle avait 40 ans. Quelques jours après, le FBI avouera avoir menti sur la grossesse de Jean Seberg afin de la mettre hors état de nuire. Après ces révélations, le père de l’actrice décrochera définitivement le drapeau américain qui flottait jusqu’à lors devant la maison familiale.

Mary Ann, la soeur de Jean Seberg nommera trois personnes comme responsables de la destruction de la vie et de la carrière de Jean : Otto Preminger (réalisateur de Sainte Jeanne), J. Edgar Hoover (Directeur du FBI) et le dernier compagnon de l’actrice dont elle ne donnera pas le nom.

Le documentaire d’Anne Andreu se referme sur ces tristes images après nous avoir raconté la vie fascinante de cette petite fille de la campagne de Marshalltown dans l’Iowa devenue à la fois icône de la Nouvelle Vague et ennemie publique dans son propre pays.

 

Icône de la Nouvelle Vague

Tout commence à 12 ans lorsque Jean Seberg voit Marlon Brando dans The Men. Elle est impressionnée par la force de l’acteur à émouvoir. C’est donc sans hésitation, qu’elle participe au concours international pour décrocher le rôle de Jeanne d’Arc dans le film d’Otto Preminger. Le réalisateur la choisit parmi 18 000 jeunes filles. Le 13 novembre 1957, le jour de ses 18 ans, Jean s’envole en direction de Londres pour le tournage. Expérience qui se révélera vite éprouvante. Jean Seberg dira plus tard “C’est un homme -Otto Preminger- qui écrase et qui terrifie les gens. Il crie, il vous insulte, il gueule et peu à peu je suis devenue comme une tortue, je suis rentrée de plus en plus à l’intérieur de moi-même”. Malgré de mauvaises critiques sur le film et sur son jeu, rien n’altère la volonté de Jean Seberg à s’améliorer. Elle accepte une nouvelle collaboration avec Otto Preminger et tourne “Bonjour tristesse” adapté du roman de Françoise Sagan. François Truffaut l’encense dans sa critique pour la revue Arts.

Par son intermédiaire, elle est engagée par Jean-Luc Godart pour jouer aux côté de Jean-Paul Belmondo dans A bout de souffle. Sans le savoir, elle va faire partie du film qui va faire exploser la génération de la Nouvelle Vague. Elle y incarne “un personnage féminin en rupture fait de grâce garçonne et de douceur angélique”. Elle devient l’icône de ce nouveau mouvement cinématographique et un emblème de modernité. Elle qualifie A bout de souffle comme “mon meilleur travail de loin, pour moi c’est mon premier film”.

La filmographie de Jean Seberg totalise une quarantaine de films. Le rôle de sa vie, et peut-être prémonitoire, est celui d’une jeune fille atteinte d’une forme particulière de schizophrénie dans le dernier film de Robert Rossen Lilith (1964). Pour se préparer à ce rôle, elle séjourne dans un hôpital psychiatrique et observe les malades mentaux ; “Je voulais faire un film où je voulais essayer au moins de ne pas mentir car tous ces films où on voit les gens hurler, crier, faire des grimaces c’est absolument, ignoblement faux, et en vérité, la folie on ne peut même pas la photographier.” Le tournage ayant lieu sur le sol américain, Jean Seberg vit au plus près la révolte qui gronde : l’Amérique protestataire prépare la marche pour le travail et la liberté vers Washington, le 28 août 1963. Engagée dans la lutte pour l’égalité des races depuis son adolescence, son militantisme lui coûtera la vie.

Ennemie publique dans son propre pays

Jean Seberg est décrite comme une jeune fille passionnée, très avance sur son temps. La profonde compassion qu’elle éprouve pour les autres la rend différente ; alors que ses amis ne pensent qu’à s’amuser, à 14 ans, elle adhère à la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People).

Début 68, Jean Seberg alors mariée à Romain Gary, s’installe à Beverly Hills. Elle défend avec une grande ferveur la lutte pour l’égalité des droits civiques. Elle accueille chez elle des activistes noirs. Elle rencontre Akim Jamal avec lequel elle a une folle liaison. Romain Gary impuissant s’en va.

Jean Seberg utilise sa célébrité et son argent pour manifester son soutien sans faille à la cause. Elle n’hésite pas à exprimer publiquement son estime pour les membres du Black Panther Party et assume ses positions politiques. Elle s’attire alors les foudres du très redouté J. Edgard Hoover, Directeur du FBI. La qualifiant d’anti-américaine et de personne amorale, il ouvre un dossier sur Jean Seberg cherchant par tous les moyens à la faire taire. Elle est mise sur écoute et tous ses déplacements sont surveillés.

Photo noir et blanc du document prouvant le complot du FBI contre Jean Seberg.

Pour affaiblir l’image de Jean Seberg, le FBI manigance un complot et dénonce sa grossesse en affirmant que le père est un leader extrémiste noir. L’ensemble de la presse relaie cette information et un scandale éclate. Détruite par les mensonges, Jean Seberg est très fragilisée. Après la mort de sa fille, elle ira déposer le petit corps au cimetière de Marshalltown. Il sera exposé pendant deux jours dans un cercueil de verre pour montrer à ses parents et à l’ensemble de la communauté que l’enfant avait la peau blanche. Une blessure dont elle ne se remettra pas. Broyée par les méthodes de son propre pays, Jean Seberg retournera en France. Jusqu’à son dernier souffle, Jean ne cessera de défendre la liberté de réinventer un autre monde et sera habitée par un idéal de justice.


Mon avis : J’ai adoré ce documentaire ! Il est un bel hommage à Jean Seberg mais aussi à toute cette génération de révoltés qui ont voulu changer le monde. Comme le dit Elaine Brown, membre du Black Panther Party “C’est très important de raconter l’histoire de Jean Seberg”. Le film riche en archives et bien rythmé, est aussi une photographie de l’Amérique des années 60 et 70. Enfin, je ne peux pas m’empêcher d’évoquer le témoignage pudique et émouvant de Clint Eastwood. Il évoque pour la première fois ses souvenirs avec Jean Seberg pendant le tournage de Paint your wagon.


* Extrait tiré d’une interview de son dernier mari, Dennis Berry

Sites web pour les photos : arte TV (photo à la une), bellazon (photo dans l’article)

Pour aller plus loin :

  • Vous pouvez télécharger le documentaire à un tarif raisonnable sur le site de lINA
  • Clara Dupont-Monod a reçu Anne Andreu pour l’émission Comme on nous parle sur France Inter

 



2 réponses à “Éternelle Jean Seberg”

  1. isa cialdella dit :

    un bel exemple d’humanité, un destin tragique…

  2. dejarnac françois dit :

    son visage si clair et si fascinant était le reflet de son envie de faire quelque chose de bien de sa vie, de défendre et d’aimer les gens, les oprimés – je regrette qu’il ne soit pas fait plus grand cas de sa vie dans les médias et à la télévision où l’on ne passe pas ses films (sauf arte en début d’année) – ce qui m’a le plus frappé dans le dernier ouvrage la concernant des éditions Mercure c’est la reproduction de ces lettres et surtout lorsqu’elle était jeune, elles étaient déjà pleine d’humanité, d’intelligence.

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