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Blaxploitation, prononcez [blak-sploi-tey-shuhn] !

Dans la culture pop afro-américaine, le phénomène de la Blaxploitation a piqué ma curiosité. Le terme est connu, je l’associais notamment au film Shaft (enfin je pense surtout à sa BO signée Isaac Hayes…) mais j’étais incapable d’aller plus loin. Concrètement c’est quoi la Blaxploitation ? J’ai lu plusieurs articles sur Internet, et, à la médiathèque, je suis tombée sur le livre de Julien Sévéon, Blaxploitation, 70’s Soul Fever (malheureusement épuisé en librairie)… Cette lecture m’a permis de mieux comprendre ce genre unique du 7e art et j’ai envie de croire que le sujet vous intéressera tout autant que moi !

Bannière couleur représentant les films de la Blaxploitation

Comment définir la blaxploitation ?

L’introduction du livre de Julien Sévéon commence par : « Blaxploitation, contraction de black et d’exploitation, terme désignant un type de films produit durant les années 70, marketé et désigné pour le public noir, et mettant en scène dans les rôles principaux des acteurs noirs ». Le phénomène voit ses débuts en 1971 avec la sortie du film de Melvin Van Peebles, Sweetback’s Baadasssss Song. La filmographie constituée à la fin du livre s’étend jusqu’en 1983. Un phénomène court mais qui a laissé son empreinte.

Première surprise, la Blaxploitation est avant tout mercantile : « la Blaxploitation est un modèle imaginé par des Blancs et créé par des Blancs pour un public Noir« . Hollywood a été et restera un cinéma pour les Blancs… Dès que les grandes majors ont pris conscience que des films avec des Noirs dans les rôles principaux pouvaient rapporter d’importantes sommes, elles ont produit « à la chaîne des films dont les Noirs sont les héros« . La Blaxploitation va donc exploiter tous les genres (horreur, biker, comédie, kung-fu, films de prison, western, porno-érotique…), et Julien Sévéon les a tous regardés* !!! Il nous livre son analyse pour chacun des genres, avec les films à retenir et d’autres qu’il vaut mieux oublier.

Petit exemple avec le trailer du film Blacula (1972), le dracula noir….

Le terme de Blaxploitation a longtemps véhiculé une image négative de par ses implications raciales. Il faudra attendre les années 1990 pour que ce courant cinématographique devienne universel et ce, grâce notamment à Quentin Tarantino qui lui rendra un bel hommage avec Jackie Brown (1997). La scène d’ouverture reste tout simplement mémorable et le choix de Pam Grier dans le rôle principal est ingénieux. Les artistes de hip-hop nous replongent aussi dans cette ambiance. Une multitude de titres utilisent des samples des BO, et si vous regardez de plus près certains clips, les chanteurs empruntent des codes (pas toujours des plus positifs) identifiés à la Blaxploitation. Un des groupes les plus utilisateurs de samples est le Wu Tang Clan ; ci-dessous le titre Uzi – Pinky Ring avec le sample de Parade Strut de J.J. Johnson, BO de Willie Dynamite.

Quels sont les ingrédients d’un film Blax ?

Place à des personnages agressifs, virils et machos

« Pour Hollywood et ses pontes, il faut offrir des héros Noirs qui correspondent à l’image qu’ils se font eux-mêmes des Noirs« . Donc place à des personnages agressifs, virils, machos, à la limite du politiquement correct. « Exit les noirs asexués, popularisés par Sidney Poitier ; Shaft est un « bad motherfucker » qui tombe les filles dégaine rapidement…« . Shaft (1971) impose définitivement le phénomène Blaxploitation et explose la représentation stéréotypée des Noirs dans la production mainstream. Le film rencontre le succès et réunit un public aussi bien Noir que Blanc.

Pendant sa courte vie, la Blaxploitation abordera divers sujets faisant écho, même de manière exagérée, au quotidien des afro-américains. Quelques exemples : la consommation de la drogue et la mainmise des dealers sur les quartiers, bien évidemment le racisme, l’esclavage, la vie dans les ghettos et donc la pauvreté, la guerre du Viet Nam et l’impossible réinsertion dans la société américaine pour les vétérans Noirs. Attention, Julien Sévéon nous rappelle que « l’aspect politique de nombre de films Blax résultent souvent de formules censées plaire au public Noir« … Certains films vont aussi jusqu’à évoquer ce qui relève du fantasme de l’Homme Noir : par exemple, la pratique du vaudou, ou encore l’image d’une super machine sexuelle qui attire fortement la Femme Blanche et qui représente donc une menace pour l’Homme Blanc !! D’ailleurs la nudité et le sexe sont très présents dans les films de la Blax.

Bien que la Blaxploitation ait proposé tous les styles cinématographiques, les histoires de maquereaux, de dealers et d’arnaqueurs sont les premières images qui nous viennent à l’esprit quand on pense Blaxploitation. Trois films vont populariser ces personnages : Superfly de Gordon Parks (1972), Trick Baby de Larry Yust (1973) et The Mack de Michael Campus (1973). Les films se laissent aller à une certaine glorification du « mac ». Les cinéastes interrogent le spectateur sur « la réussite sociale des ghettos« , doit-elle forcément passer par le crime ? L’apothéose de cette glamourisation revient à Willie Dynamite de Gilbert Moses en 1974 « Un mac ultra-cool qui manipule les femmes comme un boulanger malaxe la pâte ; des filles idiotes trop heureuses de se vendre…« 

Un peu de musique dans ce monde de brutes

Julien Sévéon pose le postulat « la Blaxploitation a inventé la musique de film« . Oui, elle est un élément incontournable de la Blaxploitation. La BO de Shaft signée Isaac Hayes a véritablement ouvert la voie. Le thème est immédiatement reconnaissable : sons alternant funk et soul soutenus par une pédale wa-wa. Consciente que la musique sert la promotion et la renommée d’un film, l’industrie cinématographique va se rapprocher des labels comme Motown et Stax. De nombreuses icônes de la Black Music (Marvin Gaye, Aretha Franklin, Herbie Hancock…) seront à l’origine de titres marquants des films Blax. « La musique est le seul véritable endroit où des artistes noirs peuvent, enfin, s’exprimer totalement sans avoir à subir l’emprise de producteurs, scénaristes ou techniciens blancs« .

Vous avez deviné, Julien Sévéon a aussi écouté toutes les BO, et voici quelques-unes de ses préférées : Superfly (Curtis Mayfield), The Mack (Willie Hutch), Black Belt Jones (Dennis Coffey), Savage (Don Julian), The Spook Who Sat by the door (Herbie Hancock). Son coup de coeur : Black Caesar (James Brown) et une mention spéciale à Barry White pour la BO de Together Brothers.

Il faut savoir qu’aujourd’hui les BO de la Blaxploitation sont très prisées, cette quête permet de faire vivre cette période cinématographique. Il est par contre à déplorer qu’un certain nombre de musiques de ces films n’ont pas été éditées en vinyl ou en cd…

Pour terminer, Julien Sévéon pense que le phénomène Blaxploitation a permis une plus grande visibilité d’acteurs Noirs dans le cinéma Hollywoodien d’aujourd’hui. Par contre, encore aujourd’hui, les techniciens et cinéastes Noirs sont peu nombreux à évoluer dans le 7e art. La Blaxploitation a aussi permis l’émergence de héros Noirs sur d’autres supports media, quelques exemples : rappelez-vous de Huggie les bons tuyaux joué par Antonio Fargas dans Starsky et Hutch, Le Cosby Show ou encore les supers-héros Marvel : Luke Cage, Le Faucon, la Panthère Noire et Black Goliath.

Image en couleur du super-héros le Faucon Noir de Marvel.


*Quelques titres de films que j’ai relevés au cours de ma lecture : Putney Swope (1969), The Bus is Coming (1971), Black Mama White Mama (1972), The Thing with Two Heads (1972), Across 110th Street (1972), Black Caesar (1973), Coffy (1973), The Legend of Nigger Charley (1973), Black Shampoo (1976), The Black Six (1974), Joshua (1976), Les Démolisseurs (1973), Les 4 Justiciers (1982), Truck Turner (1974), Le Cogneur de Harlem (1978), La Ceinture Noire (1974), Mandingo (1975), Cleopatra Jones (1973), Thomasine et Bushrod (1974), Blacula (voir plus haut), Sugar Hill (1974), Le Pénitencier (1973).


Mon avis : Julien Sévéon rend une copie parfaite. Son livre est tout simplement la bible de la Blaxploitation. Il a vraiment fouillé le sujet, son récit est richement documenté. Son écriture est passionnée, bref j’ai trouvé son éclairage sur le sujet très intéressant et accessible.


Sites internet des photos :

Pour aller plus loin et sources :



2 réponses à “Blaxploitation, prononcez [blak-sploi-tey-shuhn] !”

  1. Paola dit :

    Super article, très enrichissant MERCI!!!

    • Lo dit :

      Vraiment dommage que le livre de Julien Sévéon ne soit plus disponible car LUI il a vraiment fait un travail de fourmi. J’ai adoré travailler sur cet article ; donc ton retour est vraiment encourageant et sympa !

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